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Edito de la semaineHIVER TORRIDE ET FROIDLe printemps s’annonce. L’hiver fut froid, l’atmosphère chaude. Le temps et l’économie nous ont fait grelotter. La politique a échauffé oreilles et esprits, avec des débats. La routine. Ou presque. Nous avons l’habitude de protester quand il n’y a pas de neige dans les stations d’hiver. Nous avons cette année pu protester contre la neige qui a embarrassé les voies de communication et les collectivités locales. C’est un signe d’impéritie politique d’être infichu de faire tomber la neige où il faut et de l’empêcher de tomber où l’on n’en voudrait pas. Perspectives électorales obligent Le pouvoir national et les pouvoirs locaux se renvoyaient la boule de neige qui rebondit moins qu’une balle. En dégageant la neige avec leurs engins polyvalents, les cultivateurs se sont fait pardonner leurs épandages automnaux de lait revendicatif. Les rigueurs de l’hiver ont provoqué des rétentions de lait frais, des rejets d’aigre lait. Un œil rouge d’avoir pleuré ces blancheurs glacées ou « lactescentes », un œil noir encoléré par la taxe carbone, les Verts ont guetté le thermomètre et le retour de nos grands réchauffements. Il est vrai que cette taxe était mal assise. Avant d’y surseoir chacun voulut la rasseoir, en faire un mistigri recyclable dans le grand jeu où la défausse est reine Lasse de tergiverser, la carbo-taxe écourta son séjour. Comme les hirondelles elle mit le cap et les gaz vers des cieux plus cléments. Elle reviendra au printemps. Les oppositions burent du petit-lait. La serre politique bouillit d’impatience. Pendant que cette prématurée est en couveuse on lui cherche d’autres noms, d’autres parrains. Certains fiscalistes voudraient faire du nourrisson une vache allaitante pour abonder les grands chaudrons des budgets en mal d’abondance. D’autres voudraient, en des chaudrons spéciaux, ajouter de la présure au fruit de ce pressurage fiscal. Pour s’en faire un fromage. Une trêve des fromagers vint opportunément succéder à la trêve des confiseurs Le débat sur l’identité nationale en prit une nouvelle vigueur qui mobilisa les bons et les mauvais esprits. C’est déjà un mérite. Certaine culture ou malice avait lancé le peuple français sur cette méditation. Culture vraie et sens de l’histoire auraient dû précéder. La commémoration du rattachement à la France de Nice et de la Savoie eût pu servir de prélude. Ô impossible concordances des idées et des temps ! 1860. Cent cinquante ans ! C’était hier. Cela paraît bien lointain et de bien peu d’intérêt aux esprits incultes ou légers qui volettent dans les rêves, à ceux qui veulent ignorer que le temps est notre maître. Cette année 1860 fut une étape essentielle dans la longue dynamique qui forgea l’identité française, ensanglanta et structura l’Europe, fit poindre l’espoir d’un avenir meilleur, prépara de grands malheurs. Le principe des nationalités, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la volonté de stabilité territoriale et politique de l’Europe, le solde des dissensions passées, l’équilibre du tout et de ses composantes, les droits des individus, la place de la religion, animaient querelles et débats alors plus internationaux que nationaux. * Bref, le désir de vivre sa vie et le besoin de vivre ensemble se disputaient déjà l’air du temps. Déjà commençait à poindre l’importance de l’opinion publique qu’on voulut ménager en lui marquant des égards plus ou moins sincères ou tactiques. L’édifice politique est aujourd’hui mondial et de grande hauteur. Il a les mêmes problèmes à tous les étages. Les difficultés sont plus grandes encore d’assurer sa viabilité et de s’accorder sur un règlement de copropriété. Les partenaires nouveaux arrivent avec leur passé, leurs espoirs, leurs exigences. Tout étant relatif, rien ni personne ne peut donner la mesure du temps qui passe, du temps qu’il fait, du temps social, du temps politique, du temps d’agir. Ils sont tous différents et marchent à leur pas. Des cloisons ont volé en éclats. Mais il existe toujours des forteresses, des remparts, des grandes murailles. « Je regrette l'Europe aux anciens parapets ! » disait le jeune Prince des Poètes. ** La terre a toujours ses cataclysmes. Ses eaux sont là volatilisées, ici « cataractantes ». Le printemps s’annonce. Bientôt vont chanter les oiseaux qui auront survécu. Leurs gazouillis s’ajouteront aux trilles de ceux qui ne se sont jamais tus. Silence ! Il va falloir penser à refaire des nids. Pierre AugusteLe 3 février 2010
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